Depuis un certain temps, j'avais envie de partager avec vous mon ressenti à propos de l'entraînement, de ce qu'il faudrait faire pour s'améliorer et de ce que notre corps (en tous cas, mon corps) nous conseille à faire. Avec un peu d'expérience, on se rend vite compte qu'il n'y a pas un modèle unique pour s'entraîner et progresser, mais de toute évidence deux principes fondamentaux à ne jamais oublier : garder du plaisir à courir ou à aller courir (ce que Matthieu appelle le Will to Go, et je suis tout à fait d'accord avec lui) et surtout le fait que notre corps a toujours raison. La grande question c'est donc de savoir ce que nous dit notre corps et comment l'écouter... A mon sens, il n'y a pas plusieurs réponses, l'homme est doué de ce que certains appellent le "Sixième Sens", c'est-à-dire l'intuition. Fiez vous toujours à votre intuition, elle saura vous prodiguer les bons conseils pour faire telle ou telle activité, telle ou telle charge de travail, tel ou tel parcours. Un proverbe dit que "le coeur a ses raisons que la raison ne connaît pas", moi je vous garantit que "le corps a ses raisons que la raison a parfois du mal d'accepter". C'est moins poétique, mais l'idée est bien là. Revenons-en au titre de cet article, pourquoi l'intituler "à coeur vaillant rien d'impossible" ? Tout d'abord parce que c'est une maxime que j'ai fait mienne depuis un certain temps et qui m'aide au quotidien à dépasser des petites épreuves. Je suis quelqu'un qui marche spontanément au défi et, en ce sens, j'ai à coeur de relever de nombreux challenges, c'est certainement mes jeunes années passées à écumer les compétitions de VTT et l'éducation que j'ai reçue qui m'ont donné ce trait de caractère. Mais ce titre n'aurait que peu de sens si je ne l'illustrais pas d'un exemple concret et que je ne le liais pas à mon premier paragraphe. Alors voilà, ça fait bientôt un mois que je suis en Andorre, petit principauté nichée dans la chaîne des Pyrénées entre la France et l'Espagne. Un pays constitué de vallées encaissées et dominées par des montagnes plutôt abruptes et sauvages. Un formidable terrain de jeu me direz-vous. Certes, mais un terrain de jeu qu'il faut savoir appréhender avec respect et humilité. Bourru comme un Vosgien et prétentieux tel un jeune coq, je suis arrivé ici en me disant "parfait, avec ça, je vais m'entraîner comme une bête et je vais progresser comme jamais". Après une période un peu creuse en entraînement avec un début de période professionnelle chargée, je me suis décidé à planifier mes séances d'entraînement en vue de la 6000D. Un programme bâti sur 4 semaines avec 2 semaines costaud (footing long, VMA en côte, endurance en VTT, VMA longue, repos, seuil, sortie longue), une semaine sur le même modèle mais plus light en termes d'intensités et une semaine d'affûtage. Après Numérobis outre-Rhin, Aurél dans la capitale des Gaules, un Traileur au plat pays, voici donc les aventures de Tonton Schlitteur en Andorre ! Déjà, après quelques sorties en endurance pour découvrir le coin, je trouvais que ça grimpait raide de chez raide, de quoi vous remballer un gars qui fait le malin avec ses 34' dans le sentier des Schlitteurs, mais lorsque j'ai voulu appliquer à la montagne ce que j'avais l'habitude de faire à plat ou en terrain vallonné dans les Vosges, j'ai comme qui dirait "pris un pét' au casque"... Une séance de fractionné qui fait mal, ça arrive ; deux séances difficiles, on se dit qu'on est pas trop en forme mais rien d'alarmant ; à trois, on commence à se poser des questions... Quand on arrive à la quatrième et que les lois de l'attraction nous oblige à déposer les armes à mi-parcours, il faut se rendre à l'évidence, il y a quelque chose qui ne fonctionne pas. Deux solutions : - soit je me suis vu trop beau et me suis concocté un programme trop difficile au vu de ma forme actuelle - soit le topographie Andorrane, et montagnarde peut-être de façon plus générale, nécessite d'appréhender son entraînement d'une façon différente. Dans tous les cas, je ne peux pas continuer dans cette dynamique, au risque de perdre le Will to Go. Il faut donc revenir au point 0 et se poser les bonnes questions. Pourquoi je fais ça ? Est-ce que ça m'est profitable ? Sans entrer dans le débat du "pourquoi je cours", je ne dois pas perdre de vue que mon objectif de la saison est l'UTMB qui est une course d'ultra. Est-ce que le fait de "se faire mal à l'entraînement" m'est profitable ? Oui, dans une certaine mesure, mais certainement pas au-delà d'une limite raisonnable. Je privilégie donc la deuxième réponse pour expliquer mon manque de forme du moment. Effectivement, ici, rares sont les portions planes. Il n'y en a pour ainsi dire aucunes ! Dès que je sors de chez moi, ça monte ou ça descend, donc l'échauffement est vite vu. Ensuite, la nature du terrain est difficile, c'est hyper technique. Il n'y a qu'à se référer aux réactions de tous ceux qui ont bouclé l'Andorra Ultra Trail. Jornet, Chorier et Darmaillacq pour ne citer qu'eux n'ont, de leur aveu, jamais couru une course aussi difficile et technique. A comparer avec la Montagn'Hard peut être.

Bon, mon argumentation commence à traîner en longueur, revenons-en donc au fait. Pour l'UTMB, pas besoin d'avoir une VMA de marathonien, tout le monde est d'accord là-dessus, sinon Marco n'aurait jamais réussi à rentrer dans le top 100. Pas besoin non plus de courir tout au long du parcours. Vincent Delebarre démontrait récemment sur le site web de l'UTMB que l'ultra trail doit être davantage assimilé à de la rando qu'à de la course, donc coupons la poire en deux, c'est de la rando-course. Troisième chose importante, cette course demande de l'expérience, càd bien se connaître. Avec quelques grandes courses à mon actif, UTMB-PTL-Montagn'Hard-Templiers-etc. je pense que je saurai gérer, avec suffisamment de calme, les aléas d'une telle course. Quid de la 6000D, à mi chemin entre cet instant T et fin août ? Pour une fois, j'ai envie de dire, on verra bien... Mon programme d'entraînement va donc désormais ressembler davantage à ce qui m'avait permis d'arriver en forme pour la PTL l'an passé, des sorties longues en rando-course, des sorties trail courtes mais tout en courant et finalement des intensités sous forme de fartleck naturel. Laissons le corps s'exprimer, s'il a envie d'aller courir, s'il a envie de marcher, s'il a envie de grimper cette montagne à bloc. Le plaisir doit être mon moteur et non plus ma raison qui me rappellerait à des modèles d'entraînements bien trop scientifiques. L'instant juste ne s'applique pas lorsque nous ne sommes pas dans la bonne dynamique. Il faut surtout garder l'envie d'avoir envie ! Je sais c'est du Johnny mais c'est la musique qui m'a trotté dans la tête l'an passé durant le trail de la vallée des lacs et ça m'a plutôt bien réussi. Alors, à coeur vaillant rien d'impossible ? réponse d'ici peu de temps...
A bonne entendeur, trottez bien.
|