Sacré morceau que cet ultra trail sur lequel on s’est pointés un peu la fleur au fusil… En effet, un mois et demi avant, Aldo nous lance : « Je ferais bien la Montagn’Hard, ça a l’air sympa et ce sera une bonne préparation pour la Petite Trotte à Léon ». Au début, j’étais moyennement chaud car je trouvais que ça faisait beaucoup après Gérardmer et Faverges. Finalement, je ne regrette vraiment pas. On a passé un super week end, on a bien ri, bien marché, un peu couru, pas beaucoup dormi (quoi que…) et bu quelques bières (pour la récupération, mais on avait anticipé pour être sûrs !).
Monté depuis Lyon avec Jujutrail, le steprunner Soularien, on débarque à la terrasse de l’hôtel où les trois lascards (Aldo, Jean Luc et Stéphane) sont déjà à l’apéro. La fine équipe était donc au complet et le festival de conneries était lancé ! Julien n’a pas été déçu du voyage !
Au lit à 21h15 pour un réveil à 3h. Tout juste le temps de s’habiller, de s’enduire de crème anti-frottement et d’avaler deux tartines que nous voilà au départ d’une course qu’on sous-estime toujours à cette heure bien matinale. Eh oui, il y a quand même 119km et 10000m de dénivelé positif à parcourir avec une quinzaine de grosses côtes.

Quelques photos, le briefing et nous voilà partis…
On n’a pas parcouru 30 mètres que ça vire à gauche et ça attaque presque droit dans la pente.On parcourra environ 1h30 à la frontale, au contact des premiers. C’était assez grisant de courir avec Antoine Guillon, mais la raison du plus fort n’étant que rarement la meilleure, on s’est laissé décrocher pour prendre notre rythme dès la deuxième ascension.
5h30 du matin, on peut éteindre les frontales, sortir les bâtons et enlever la veste car la température est déjà bien agréable. A partir du 14ème kilomètre, on prend vraiment notre rythme, celui qu’on tiendra au moins jusqu’au 46ème km. Entre temps, trois ascensions se seront succédées.

Aux Contamines, je sens déjà que j’ai des bornes et surtout du dénivelé dans les jambes (un peu plus de 4000m+ à ce moment là). On prend le temps de bien se ravitailler à chaque ravitaillement et on repart tranquillement en marchant afin de ne pas brusquer la digestion. Au 48ème, c’est la fameuse montée du Mont Fuji, du Tatsiki, de la montagne à Sushi… bref, ça va grimper ! (référence à Stéphane) 1500m de dénivelé positif en 5km. Je commence à avoir un coup de barre, le sommeil me rattrape (décidément, c’est un paramètre que je ne sais pas encore gérer en ultra). Une micro sieste de 5’ allongé dans l’herbe juste avant la pluie sera salvatrice. On continue la montée… mais là c’est Stéphane qui n’est pas au mieux. On s’attend, se parle et nous aidons à passer nos coups de « moins bien » respectifs. On bascule au sommet du Mont Joly sous un ciel menaçant. On aura tout juste le temps de descendre (une bonne heure tout de même) que l’orage éclatera à notre arrivée à la Base-vie de l’Etape. 60km parcourus, un peu plus de 6000m+ et 11 heures de course !! On n’est pas rendus (comme on dit par chez nous).
C’est dans ces moments là qu’il faut veiller à bien se ravitailler, à prendre soin de son corps mais sans en faire trop car sinon, on s’éternise, on prête attention aux petits bobos et l’abandon devient une solution de facilité. D’autant plus que les conditions météo sont vraiment exécrables avec un orage de grêle impressionnant.
Côté infirmerie, j’ai quelques irritations mal placées (bas du dos, entrejambes), mais surtout les pieds qui macèrent dans les chaussures depuis le départ. Donc changement de chaussettes et enduction de crème. A peine repartis que l’eau ruisselant dans les sentes nous menant à Notre Dame de la Gorge a déjà eu raison de mes nouvelles chaussettes. Tant pis, on finira comme ça !
On est sur le parcours de l’UTMB, mais l’organisateur nous a prévu quelques petites variantes plutôt costaud. Le chemin qui mène à la Balme est souvent ennuyeux mais là, on n’a pas eu le temps de regarder le paysage ! Deux r"aidards" s’enchaînent coup sur coup. Moi qui avait un petit coup de fatigue, ça m’a presque réveillé.
L’averse se calme, on arrive au ravitaillement de la Balme (tenu par des bénévoles plutôt charmantes… encore une excuse pour abandonner !), on fait le plein (avec des noix de cajou hyper calorigènes !!), on discute quelques minutes et on repart vers les lacs Jovet. C’est vrai que ça en valait le détour. La fatigue a du mal à passer. Stéphane voudrait courir mais à ce moment là je ne peux pas. Si, ça revient dans la descente...
On remonte ensuite vers le col de Cicle. Là, c’est moi qui mène le train et Stéphane qui accuse un peu le coup. Cette alternance de moments de forme et de méforme durera jusqu’au 89ème kilomètre. Justement, on y arrive juste avant la nuit. On apprend que l’organisation déplore déjà plus de 120 abandons et que beaucoup d’autres coureurs ont été orientés vers le parcours de 95km. Dans le restaurant d’altitude du Signal, on aperçoit François Lachaux sur un lit (il est arrivé avec 34° de température corporelle !). Après une soupe, quelques pâtes et des bananes, on se remet en route, frigorifiés dans nos vêtements trempés pour attaquer cette deuxième nuit et boucler cette course de guerriers !
On mettra un bon quart d’heure à se réchauffer. La montée vers l’aiguille Croche débute par des chemins pentus et des talus à grimper. La vision de nuit à la lumière de la frontale fatigue mes yeux et augmente la sensation de sommeil que je tente de repousser depuis plusieurs heures. Bientôt, ça deviendra insupportable. Le passage au sommet a beau avoir été annulé, j’aurai beaucoup de mal à rejoindre le prochain poste de ravitaillement. Stéphane, lui, est en forme. Je pense qu’il tient mieux que moi face au sommeil. Il m’attend pendant 15’, le temps que je ferme les yeux, en espérant que ce soit aussi salvateur que ce matin. Effectivement, en repartant, ça va mieux, mais ça ne durera pas. Mes bâtons me servent à me maintenir debout et je lutte pour garder les yeux ouverts. Heureusement, un pointage n’est pas très loin et je pourrai m’y reposer plus longuement.
A partir de là, je dis à Stéph de continuer sa route seul. J’ai besoin de me reposer et ne sait quand je pourrai repartir. Dommage pour l’arrivée main dans la main mais sur le coup là, ça n’était pas jouable.
2h30 de sieste entrecoupée de tentatives de réveil me seront nécessaires pour me remettre à peu près sur pieds. Les bénévoles qui sont vraiment à notre écoute me proposent de repartir avec un groupe de 3 coureurs qui arrivent au pointage. Je repars donc vers 3h30. C’est ainsi que je terminerai ma course avec Matthias, Philippe et Hubert. Heureusement qu’ils étaient là… On finira en mode rando en profitant bien des paysages magnifiques qui s’offrent à nous avec ce lever de soleil sur le massif du Mont Blanc et le Mont Joly sur notre droite.

Stéphane passe la ligne d’arrivée en 24h50, nous arrivons en 27h (la différence correspond exactement au temps de ma sieste) et Jean-Luc Trocmé réalisera une très belle course en 30h sur la variante du 95km.
Cette aventure se solde donc par une belle conclusion. Très satisfait de ma course dans l’ensemble, il faut juste que j’apprenne à gérer les nuits…
Il est 7h30 du matin, il est temps d’aller travailler…euh, d’aller se coucher.
Physiquement, je ne suis pas trop marqué. Je n’ai que peu de courbatures (faut dire qu’on a essentiellement marché), mais j’ai besoin de me reposer et de soigner mes pieds.
Cette course a été une excellente préparation pour la Petite Trotte à Léon, ça représentait à peu près la moitié de ce qui nous attend fin août ! Les deux mois qui nous attendent vont donc être consacrés à la préparation pour cet objectif. Il va falloir préparer et optimiser le matériel, réfléchir à la stratégie de course et manger du dénivelé négatif…
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