Par où commencer ? Venons-en au but : on l'a fait ! Le reste, les détails, les paysages, les émotions, le partage c'étaient de grands moments. Je ne crois pas avoir ressenti de telles émotions auparavant. Pourtant, pendant la course (ou la trotte), on ne pensait pas un seul instant à tout ce qui gravitait autour de nous. On était dans notre bulle, avec notre carte et le road book, et on s'efforçait d'avancer, avancer encore et toujours vers notre unique but, notre Grâal ! Etant donné qu'il y a pas mal de choses à raconter, je vais tenter de vous faire un compte rendu à peu près fidèle de ce qui a pu se passer durant cette petite semaine de vacances !
Mardi 25 Août 2009 vers 21h30 : on s'approche doucement de la ligne de départ. Ca fait depuis 20h qu'on tourne un peu en rond et on a le temps long de s'élancer. La Petite Trotte à Léon c'est une course en montagne de 245km et 18 000m D+ par équipe de trois (indissociable du début à la fin) en autonomie, en gros c'est l'AVENTURE. On est venus là pour se faire plaisir, pour aller au bout, mais on sait également qu'on ne va pas vivre cette ambiance de Tour de France qui règne autour de l'UTMB.

Et bien pourtant, à 21h45, je peux vous dire que Chamonix était presque aussi bondé que pour le départ de la course phare. Manu Roussat, notre hôte et manager est là, remonté comme une pendule. Au milieu des autres équipes, on sent une ambiance particulière, les yeux sont imprégnés d'innocence, voire de peur, les sacs sont volumineux, la fraternité est de mise entre les équipiers et ce départ de nuit ajoute un peu de magie à cette épopée qui s'annonce fantastique.

22h : la musique du Dernier des Mohicans, les acclamations du public et la pluie nous donnent l'élan vers notre quête. Pour avoir pris trois fois le départ de l'UTMB, j'avoue que celui-ci est véritablement celui qui m'a le plus marqué. On en oublierais presque l'ampleur de la tâche qui nous attend. D'ailleurs, la vitesse à laquelle on avale les 8km vers les Houches laisse à penser que nous n'avons QUE 166km à parcourir ! Après une heure de course, la pluie, l'orage et les éclairs redoublent d'intensité. Le col de Voza est le premier de la série à être avalé, il en reste une vingtaine ! Celui ci était évidemment le plus facile, seulement 800m de D+ ! Dans la descente, je recharge mes bidons d'eau vers Bionnassay. On court avec deux ou trois équipes. Jusque là, c'est du grand classique, on bascule vers les Contamines par l'itinéraire qui longe la rivière, puis Notre Dame de la Gorge, la fameuse dalle de pierre et le chemin roulant vers la Balme. Dès les Contamines, je ne me sens pas au top. J'ai les jambes lourdes, le ventre un peu barbouillé et mes camarades avancent d'un bon pas (même l'Ancien est déchaîné !). En fait, c'est l'eau des fontaines qui n'était pas très bonne. J'en ai des nausées. Petit arrêt Spasfon, on repart, arrêt bouffe à la Balme (déjà 5h de course pour 32km).

Evidemment, le coup de barre que je n'attendais plus arrive et m'assome pendant une heure (je ne suis décidément pas fait pour les courses de nuit). Heureusement, je me réveille au pied du col d'Enclave. Dans cette ascencion, il vaut mieux être bien lucide et ne pas trop avoir le vertige (là ça va car il fait nuit, mais faut pas dévisser). Aldo, à son tour, n'est pas au mieux, ses problèmes gastriques ne font que commencer. Il les trainera pendant une bonne journée. Au sommet du col, on entre plus sérieusement dans le décor de la PTL, on se dit "ouah, c'est costaud et galère cette section", et bien ce sera comme ça pendant de nombreux kilomètres ! Il faut chercher un pseudo sentier, marqué par des pseudo cairns. On jardine un peu, le GPS trouvera là sa seule utilité de la course ! On passe un deuxième col dans la foulée, le col de la Grande Ecaille. En bas de cette descente, on aperçoit le refuge Robert Blanc perché au dessus de nous, il semble si près !... Aldo est en train de vivre les pires moments de sa course. On arrive au refuge tant bien que mal vers 7h du matin. Tout le monde a besoin d'une petite sieste. On s'enfile également une platrée de pâtes et on se motive pour repartir. Il reste du pain sur la planche, car à la vitesse des 5 derniers kilomètres effectués, on est pas arrivés ! En effet, depuis la Balme, on a parcouru seulement 5km en... 3h30 !!

La suite est également très technique. Entre balcons, pierriers à dévaler, cours d'eau à traverser, dalles à escalader et dévers à arpenter, on est servis en terme de technicité et d'engagement. Le col de la Seigne que l'on passe à l'UTMB marque un court répis et nous laisse le temps de s'alimenter à nouveau. La suite s'annonce un peu délicate avec beaucoup d'anciens glaciers à passer, des traces qui n'existent pas dans la réalité, etc.
  Entre le col de la Seigne, le col de Chavannes, le col de BassaSerra puis la traversée du glacier d'Arguerrey pour arriver au lacs de Pointe Rousse, on progresse lentement. Stéphane nous éclaire par ses premières ampoules, Aldo n'a pas encore retrouvé tous ses moyens et, pour courroner le tout, on jardine un peu.

Au sommet de Pointe Rousse, on aperçoit au loin les tentes du col du Petit Saint Bernard, synonymes de ravitaillement et de repos mérité ! Mais avant cela, il y a la descente... On rencontre une équipe de Haut Jurassiens qui a de la bouteille (donc de l'expérience) et qui connaissent le parcours. On les recroisera fréquemment sur notre route. Au pied du Petit Saint Bernard, le road book indique qu'il faut contourner le lac alors que la plupart des équipes ont l'air de couper pour rejoindre plus rapidement le ravito. J'insiste pour que l'on prenne l'itinéraire normal, ce qui me vaudra de nombreuses remarques de la part de mes équipiers pour le reste de la course. Mais on est là pour faire le parcours indiqué, sans couper, sans tricher, en autonomie... Ce qui est finalement le cas de très peu d'équipes !!

En arrivant à cette base vie, Stéph est "Out", besoin de dormir, Aldo est toujours vidé et moi je commence à fatiguer également, mais ça reste correct. Une bonne heure et demie de pause plus tard, on repart. Le prochain objectif c'est le refuge Deffeyes. On est tous à peu près requinqués, et jusqu'au col de Louïe Blanche, ça se passe pas trop mal. L'orientation joue un rôle central dans cette course et il faut évidemment éviter de perdre du temps et de l'énergie à jardiner. Malgré tout, c'est ce qui se passera peu après ce col. On se trompe de cairns et de moraine à garder à main droite et on y laisse 20 bonnes minutes. Là, le terrain de jeu est un enchaînement de sauts de cabris de pierre en pierre pendant presque une heure. Heureusement, les paysages sont magnifiques...
 
Il se remet à pleuvoir (tiens, ça faisait longtemps) au moment d'attaquer la descente depuis le lac de Bellecombe. Une cascade d'une puissance extraordinaire descend depuis le lac des Séracs sur notre droite. C'est tellement beau et impressionnant qu'on n'en trouve pas notre chemin ! La fatigue commence véritablement à se faire sentir, il pleut, on cherche le pont qui permet de traverser le torrent en contrebas et la nuit arrive. Cette montée durera une bonne heure, pourtant, sur la carte, ça ne paraissait pas long... C'est une vraie galère pour Aldo qui n'en peut plus et demande à s'asseoir régulièrement. Nous arrivons finalement au refuge Deffeyes vers 21h. Quelques équipes nous ont rattrapé en coupant à travers... On est super bien reçus. Une douche, des vêtements à peu près propres, une soupe, des pâtes et même une bière nous aiderons à bien dormir. Ce sera la seule vraie nuit que l'on passera : 4 heures de sommeil tout de même !! C'est royal ! A 4 heures du mat', il y a beaucoup de monde qui se lève.

On décolle en petit convoi vers 4h45. Il faut tout d'abord monter un peu pour rejoindre le Passo Alto avant d'attaquer les 2000 mètres de dénivelé négatif qui nous améneront à Morgex. Ca commence par un pierrier de folie où on va errer pendant 45 bonnes minutes. Des blocs de pierre à escalader, ça glisse, on s'errafle, on chute, c'est pas évident. En fait, il fallait tirer bien plus à gauche depuis le sommet, mais ça il fallait le savoir, et de nuit, on ne voyait rien. Du coup, plusieurs équipes nous rattrapent. Qu'importe, ça n'est pas une compétition. En arrivant à Morgex, on est filmés par TF1. Sur le coup, on ne savait pas que c'étaient eux, on ne l'a su qu'ensuite. Bref, on reste 45' à cette base vie, le temps de changer quelques vêtements, refaire les niveaux de bouffe et s'enfiler une part de lasagnes (à 9 heures du matin, normal !). La journée ne fait que commencer et les 2000m de dénivelé que l'on vient de descendre ne demandent qu'à être gravis à nouveau, mais sur l'autre versant. 3h30 de montée non-stop à un rythme régulier, mais sous le soleil. Ca calme ! On rejoint ensuite le val d'Aoste. Col du Sapin, Col d'Entre deux Sex pour arriver au refuge Bonatti, bien connu des UTMBistes.
 
Il est environ 16 heures 30. Là encore, on commande soupe et pâtes, qui nous arrivent en quantité (on est quand mm bien reçus chez les Italiens). Le temps que je regarde les cartes pour savoir ce qu'on va encore pouvoir faire et chercher un endroit où dormir que Stéphane et Aldo ont fini leur sieste. Bon, tant pis, Bibi ne fera pas de sieste... On repart vers 18h. On a prévu d'avancer le plus loin possible jusqu'à ce que le sommeil nous arrête. Jusqu'au refuge Elena, via Arnuva, c'est de l'archi connu. Mais à un moment, il faut bifurquer à droite, vers un No Man's Land presque effrayant. "Quoi, t'es sûr de ton coup ? C'est par là qu'on doit aller ?? - Euh, oué je crois" Le col du Ban Darrey n'est pas une franche partie de rigolade. C'est un immense pierrier où il n'y a quasiment pas de trace et les cairns doivent faire 10cm de haut. Je ne voudrais pas le passer dans le brouillard. Au sommet, enfin sur l'arête, il fait nuit, et la descente s'annonce plutôt épique. En effet, le road book annonce qu'il n'y a pas de chemin. "Garder rivière à main droite". Euh, d'accord... Deux bonnes heures à suivre plus ou moins ce torrent à travers des pâturages de vaches. Pourtant, on vient de passer en Suisse, ça devrait être mieux indiqué que ça ! Ces longs moments à chercher un semblant de sentier à la lueur de la frontale auront raison de moi. Il faut que je dorme. Là, c'est l'anecdote de notre PTL. A plan Lachaux, on trouve une caravane, il est 22h15, on toque à la porte, la bergère nous ouvre. Elle hallucine un peu mais accepte de nous faire dormir dans la bergerie. Confort minimaliste (une palette et un tas de sable en guise de lits) mais elle nous offre un morceau de fromage et du pain. Sur les 4 heures qu'a duré cet arrêt, je pense avoir dormi 30 minutes au maximum. A chaque fois qu'Aldo ou Stéphane se retournaient, je me disais, ça y est, on repart ! M'enfin, c'était mieux que rien. On lève le camp à 3h15, direction le col du Névé de la Rousse. Après avoir perdu du temps en voulant suivre inutilement le chemin indiqué par le road book, on entame cette ascencion. On croise plusieurs campements de trotteurs sur notre route (une bâche, une tente, et deux camping car, bel esprit !!). Le col est passé vers 5h30. En s'approchant d'une cabane, on voit repartir au loin deux équipes, ils ont dormi ici à 5 équipes !

En attaquant la côte qui mène au sommet du collet de Revedin, on rejoint l'équipe d'Yves Detry, guide de la vallée de Chamonix, qui connaît le parcours comme sa poche (et les raccourcis également). La descente était interdite de nuit car trop dangereuse. Tout le monde nous avait averti du danger encouru. Du coup, on avait presque la pression en arrivant au-dessus. En fait, ça passait relativement bien, même si je n'étais pas très habile à cette heure encore matinale pour moi.
Au Prayon, arrêt ravito où l'on retrouve beaucoup d'équipes, notamment Team GR, Colas Rhône Alpes, Haut Jura Ski... Etonnant que certaines soient déjà là. 45' plus tard, nous voilà repartis, sur le sentier de l'UTMB tout d'abord, puis à gauche vers la Cabane d'Orny, une belle ascencion de 2h en plein cagnard. Stéph a son petit coup de moins bien, Aldo a l'air en forme et on rattrape l'équipe d'Yves. Du sommet jusqu'à la Breya, c'est absolument grandiose, le sentier est très ludique et je m'y sentirais presque pousser des ailes, Aldo suit, Stéph accuse le coup, mais comme d'hab, il ne dit rien... Par contre, à partir du télésiège de la Breya qui surplombe Champex (1000m D- plus bas), c'est pas très marrant. Il faut descendre une piste rouge dans une pente très abrupte. En arrivant au gîte de Bon Abri, j'ai les genoux démontés.
On prend le temps de manger, je tente une sieste mais je ne trouve pas le sommeil. Une nouvelle fois, Stéphane et Aldo sont requinqués, mais ça n'est pas le cas de tout le monde. Les ampoules aux pieds commencent à être douloureuses pour eux, moi j'ai mal aux genoux, chacun sa croix !! On a 170km dans les jambes et ça commence à se voir !
Nous quittons le gîte vers 16h30-17h (je ne suis plus très sûr). Nous croisons Ludovic Pommeret au moment d'attaquer la montée vers la fenêtre d'Arpette. L'objectif pour ce soir est de rejoindre Vallorcine. La montée est longue mais régulière. Notre point fort est la montée, depuis le départ, on monte entre 600 et 700m/h. La fin de l'ascencion est, comme souvent, parsemée de blocs rocheux à escalader et il faut rester vigilent pour rester sur le bon tracé. Avec mes genoux amochés, la descente s'annonce laborieuse. Je prends un rythme tranquille, on en profite pour manger un peu. On croise un italien bien mal en point, son genou est bien pire que le mien... En bas de la descente, nous doublons l'équipe mixte des Jurassiens, pas d'arrêt, nous nous sentons tous bien, on enchaîne vers la cabane des Grands. Là, c'est un festival. Stéphane, puis Aldo ménent le rythme. On est à 750m/h allégrement. On dépose nos amis de Team GR qui sont assez impressionnés par notre allure. Jusqu'à la Cabane des Grands, No Soucy. Par contre le sentier en balcon qui relie le Col de Balme est un vrai calvaire. Il fait nuit donc frontale, il commence à bruiner, plusieurs arrêts pour soigner des ampoules naissantes et les 4km annoncés semblent sous-estimés. Mais tout ceci n'est rien comparé à ce qui nous attend.
En arrivant au col de Balme, on aperçoit le panneau, puis tout à coup, en l'espace d'un instant, on ne le voit quasiment plus. Le vent s'est levé, la pluie s'est renforcée et on ne devine pas le début de sentier qui est pourtant devant nous puisque nous sommes au panneau ! On jardine 5 minutes, mais déjà frigorifiés, on enfile gore-tex, bonnet, gants, sur-pantalons. Bonne nouvelle, l'équipe Team GR arrive et nous allons pouvoir faire route commune pour chercher notre chemin. Interdiction de s'éloigner de plus de 5 mètres sous peine de se perdre. On tombe sur le refuge qui était à côté de nous mais que l'on ne distingait pas. Il est fermé. Les GPS ne sont d'aucune utilité. En s'y mettant à plusieurs et à l'ancienne (boussole et carte) on trouve un début de sentier. Pendant près de 30 minutes, nous avancerons à six pour rejoindre Catogne, où passent les coureurs de la CCC. Ouf, on est sortis de ce mer***** ! Le temps d'enlever nos tenues d'esquimaux et c'est parti pour la descente vers Vallorcine. Je n'avance pas bien vite et il faut constamment laisser passer les coureurs de la CCC qui, eux, courent !! Le sommeil m'a, une nouvelle fois, rattrapé. Aldo est à bout de forces également. Seul Stéphane est encore à peu près vaillant. Heureusement que notre objectif est en vue. Toutefois, ça a été l'un des moments les plus dur de la course pour moi. En outre, il y a une ambiance extraordinaire en bas qui nous effraie. A cette heure-ci et après 22 heures de route, on n'aspire qu'à une seule chose, du silence et du calme pour se reposer quelques heures.
En arrivant au ravito, on ressemble à des zombies et l'effervescence qui entoure tous ces coureurs nous énerve davantage. Il faut dire que compte tenu de notre état d'épuisement, un rien nous aurait énervé, alors là... On s'attendait à trouver une salle de repos... nous dormirons à même le sol dans l'infirmerie, aussi bruyante et éclairée qu'une discothéque. 3 heures d'arrêt, 30' de sommeil pour Aurélien ! ça, c'est fait. Bon, allez maintenant on se barre ! Il est 3h30 lorsque l'on part de Vallorcine, direction le refuge de la Loriaz. En passant devant, et après 1h30 de montée, le sommeil, le vrai, est de nouveau à la charge, je supplie mes équipiers de me laisser fermer les yeux pendant 15 minutes. D'autant plus que nous ne trouvions plus notre route à cause du brouillard épais. Quel havre de paix et quel confort ! Si on avait su, on seraient venus dormir ici. Mais encore aurait-il fallu réussir à se traîner jusqu'ici ! Finalement, on s'arrêtera 45'. La gérante nous offrira même le café.
Désormais, plus question de traîner, il reste une bonne quarantaine de kilomètres pour rejoindre Chamonix, et l'objectif est d'y arriver avant la nuit. Le sentier en balcon qui relie le refuge du Vieux Emosson ressemble fortement à celui qui nous avait paru si long la veille avant le col de Balme. Mais le jour apparaissant et le brouillard se dissipant, c'est moins laborieux. On s'arrête pour prendre une bonne soupe au refuge où nous rejoignons la trotte des Jurassiens. Il faut, ensuite, contourner le lac du Vieux Emosson pour attaquer l'une des dernières difficultés du parcours, le Buet. Avant cela, il faut passer le col du Vieux, puis le Cheval Blanc, qui, entre nous soit dit, est un truc de fou ! Une pente hallucinante (env 60%) où l'erreur n'est pas permise. Les tendons d'achille apprécient modérément... Au sommet, nous traversons une sorte de plateau au paysage lunaire mais magnifique. Les vallées sont encore embrumées, mais là où nous allons, au dessus de 3000m, pas de soucis.
La montée vers le Buet nécessite de traverser un pierrier en dévers sous une crête. Là, il ne faut pas arriver avec une entorse de la cheville sinon on pleure. Les pierres sont acérées et les semelles de mes XA Pro s'en souviennent ! Ensuite, il reste environ 250m D+ qui s'apparentent à de l'escalade ou, au moins de la via ferrata sans assurance, dans leur majeure partie. Il vaut mieux arriver lucide et ne pas être déséquilibré, sinon c'est plusieurs centaines de mètres de chute assurés. Un peu avant le sommet, Papy Aldo (qui a remis son dentier) a les pieds en piteux état, donc Dr Brogniart intervient. Le problème c'est que Dr Brogniart est moyennement lucide et opère à vif, donc les cris d'Aldo effrayent les bouquetins ! D'ailleurs Stéph a son genou qui redevient très douloureux. De mon côté, ça ne va pas tarder... En effet, après 500m de D-, je décide de m'arrêter pour strapper et ainsi soutenir mes rotules, devenues trop douloureuses pour continuer ainsi. Par là même, je donne raison à Mr Brogniart qui avait insisté pour que nous emmenions des "kilomètres de strap" avec nous ! Une fois rescotché, je retrouve mes jambes de 20 ans ! Plus aucune douleur, enfin pour le moment.
Au bénéfice des quelques erreurs que nous commettons, les Jurassiens reviennent sur nous. Nous ferons route ensemble quasiment jusqu'à la moitié du Brévent. Le détour que les organisateurs nous font faire vers le refuge du col d'Anterne est quelque peu démoralisant pour une fin de parcours. Mais en discutant, ça passe mieux.
Allez, encore une petite descente vers le Pont d'Arlevé et il ne nous restera plus que la montée du Brévent et le descente sur ChamoniXXXX ! C'est en ce début d'ascencion que Stéphane Brogniart himself décidera de nous péter un plomb. Il n'avait pas trouvé l'occasion pendant les 90 heures précédentes, donc il s'est dit, mieux vaut tard que jamais ! Blague à part, son genou était devenu très douloureux. La montée sera pour lui un véritable chemin de croix. Aldo restera à son chevet. De mon côté, je me sens pousser des ailes, j'appuye sur les bâtons et oublie mes inflammations rotuliennes qui réapparraissent (le strap n'ayant une véritable efficacité que durant 30'). J'avale les derniers métres de montée à un modeste 950m/h et me surprend même à trottiner. Une joie immense m'envahit en apercevant l'arrivée au fond de la vallée. Mais il faut raison garder, car avant d'arriver, il y aura 1400mètres de dénivelé négatif à "bouffer", et ça, ça s'annonce douloureux ! J'appelle Manu Roussat pour le prévenir de notre arrivée imminente. Je n'aurais pas eu besoin de l'appeler étant donné qu'il savait en temps réel où nous étions et n'a pas beaucoup plus dormi que nous pendant ces 4 jours !
Revenons à nos moutons, je dis à Aldo et Stéph qu'on ne s'emballera pas, car mes genoux sont douloureux et je ne veux pas hypothèquer la fin de ma saison à jouer le Fangio dans la descente. Au début, mon plan se déroule comme prévu. Le "hic" c'est que nos amis jurassiens, eux, courent. Hors de question de se faire dépasser si près du but. C'est pas une compét' mais on se doit de sauver l'honneur (pour ce qu'il y avait à sauver !!). Me voilà donc obligé de trottiner, puis de courir, en tenant mes bâtons, en lisant le road book et en cherchant les chemins tout en surveillant l'altimètre pour prendre le bon chemin ! Du coup, Badaboum, je mange la poussière en accrochant le bout de ma chaussure dans une racine qui n'avait rien à faire là ! Qu'importe, on enquille le reste de la descente à un rythme honorable. En arrivant à quelques centaines de mètres de Chamonix, les émotions explosent, il n'y a plus à se poser de questions, juste à savourer. Le 10ème de l'UTMB vient de finir, donc les rues sont encore bondées de monde. On fini côte à côte ces dernières centaines de mètres, en tapant dans les mains des spectateurs. Devant le Bistrot des Sports, tout le clan Roussat est là, on croise également Dawa. Seule la dernière ligne droite se fera en marchant. Cette arche, ça faisait trois ans que je ne l'avais plus passée, ma revanche est prise, et quelle revanche !

Merci à tous ceux qui, de près ou de loin, nous ont soutenu et permis de venir à bout de cette belle aventure.
That's All Folk !!
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