* Départ de Lyon à 5h57 - Retour à Lyon à 21h15
* Temps total (pauses comprises) : 9h18
* Itinéraire : Grenoble / Saint-Pierre d'Entremont (j'ai un peu raccourci mais il fallait...)
* Météo : exécrable (pluie, vent, froid) --> mon grand kiff d'habitude, mais là j'ai moins apprécié
* Dénivelé positif : 3000m
* Kilomètres parcourus : pas encore calculé ??? une cinquantaine ?...
* Phases émotionnelles traversées : questionnement, plaisir, abnégation, euphorie, manque de lucidité, faim, froid, peur, joie...
Dès le départ de Grenoble, un premier problème se pose. Pour grimper dans la Chartreuse, le plus simple est de monter à la Bastille. Le problème, c'est que ce monument (qu'il faut traverser pour accèder au reste du massif) ouvre ses portes à 9h... Je décide donc de passer par St Martin le Vinoux afin de contourner cet "obstacle". Là, on est tout de suite dans l'ambiance, après 5' de temps presque pas humide, il se met à pleuvoir (gore tex, housse de sac et protège cartes sont de sortie) et je jardine pdt 20 bonnes minutes pour trouver le sentier qui me permettra de monter au Mont Jalla.

Une fois sur le sentier balisé, ça va mieux. Mine de rien, il est déjà 9h lorsque j'atteinds ce point remarquable. On est pas rentrés ! Je décide de courir sur cette partie que je connais un peu pour l'avoir parcourue deux fois avec Johann. 9h25, je suis au col de Vence ! J'ai pas traîné, mais ça n'ira pas toujours aussi vite.
Petit arrêt resserage des chaussures et j'attaque la montée du Fort St Eynard : 800m de D+. 20-25' de montée. Il pleut des trombes d'eau, je prends qq photos avec mon téléphone histoire de dire que... Histoire de dire que quoi d'ailleurs...!!!

Normalement, la crête du St Eynard est un régal, on surplombe l'agglomération grenobloise et on sillonne sur un singletrack très sympa. Sauf que là, il y a plein d'herbe et de végétation, gorgés d'eau ! En l'espace de 10', je suis trempé jusqu'aux os. C'est plus la peine d'éviter les flaques d'eau ! J'atteinds le carrefour de la Charmette vers 10h45. De là, je me dirige vers l'alpage d'Emeindras. Un alpage par lequel j'étais passé en rando avec Juju, le traileur Soularien, un mois et demi auparavant. Sur ce gros chemin, j'alterne course et marche. Depuis maintenant près de 2 heures, il pleut "dru" mais je suis plutôt bien "dans mes baskets" !
En traversant qq troupeaux de ruminants, je suis dévisagé. C'est vrai qu'elles ne sont pas rassurantes les vaches de la Chartreuse avec leurs cornes bien pointues ! Qu'importe, je trace ma route. A partir d'Emeindras du Dessus, je connais le sentier jusqu'à la Dent de Crolles. A la différence près que lorsque j'avais emprunté cet itinéraire, il faisait super beau. Là, pas de risque de prendre un coup de soleil, au pire une bonne hypothermie !! Col de la Faïta puis col du Coq, je décide de faire une pause pour me ravitailler en essayant de me mettre à l'abri. Tu parles, pas un coin qui permette de se mettre à peu près au sec. Je tente de manger des noix de cajou et des noisettes, mais ça ne descend pas très bien. Le repas aura donc été sommaire. En repartant, j'ai les doigts gelés, je tente de les réchauffer un peu comme en hiver quand ça "pelle" sur le télésiège mais pas très efficace. Jusque là, ma tenue vestimentaire se compose d'un corsaire, d'un t-shirt près du corps, de manchettes, une casquette et une gore tex. J'avais opté pour ce choix car l'important n'est pas d'avoir chaud mais d'être à l'abri du vent. Seulement, je ne pensais pas que cette pluie viendrait mouiller mes vêtements à ce point. En effet, j'ai bien du mal à me réchauffer, même en attaquant la montée de la Dent de Crolles sur un rythme de bûcheron !! A chaque fontaine que je croise (comme au col des Ayes), j'utilise mon gobelet pliable pour m'éviter de remplir ma poche à eau à chaque fois. Dans cette ascencion, c'est conditions haute montagne, j'ai fermé toutes les écoutilles, j'ai un champ de vision d'1 m² devant moi et je suis les balisages qui marquent le GR sans me poser de questions. La température a bien chuté avec ce vent à décorner les boeufs et je pense qu'en température ressentie, on doit être pas loin de 0... D'ailleurs, c'est limite pluie-neige. J'ai bien fait de ne pas passer par le sommet de la Dent de Crolles (pas de l'Oeille) et de suivre ce GR, du moins, c'est ce que je me dis sur le moment. Petit arrêt vérification de carte et là je me rends compte que mon sur-sac s'est envolé (certes, il était un peu grand pour le sac que j'utilisais) et ça ne m'arrange pas car mes fringues de rechange risquent d'être trempées pour la nuit.... la galère commence ! Revenons à mon GR, depuis cet arrêt "carte", il se fait plus technique, voire plus engagé (en balcon). Il faut aussi préciser que la visibilité est d'environ 10 métres et qu'à ma gauche, y a du gaz ! Donc, mieux vaut être prudent parce que je ne sais pas qui est ce qui viendrait à mon secours s'il m'arrivait quoi que ce soit (j'ai croisé trois personnes au dessus de Grenoble ce matin, mais dps...personne, même pas dans les villages !) et évidemment le téléphone ne capte pas à cet endroit. Je continue ma route en alternant toujours marche et course afin de me réchauffer. Les bâtons sont utiles sur les passages caillouteux bien glissants. Puis, le sentier prend de la hauteur, je passe devant une grotte ou un groupe de randonneurs a établi un campement (ils ne sont pas fous, eux). Ca grimpe donc et arrivent qq passages genre "via ferrata". Au début, ça n'est pas très impressionant, juste très glissant, mais au fur et à mesure, ça devient chaud, voire même tendu !

Je passe à travers la Cheminée du Paradis (pas bien large ce passage) puis arrive un passage à "escalader", style paroi à peine verticale de 3m de haut ,au pied d'un surplomb. Je pose un pied, puis deux, et au troisième... c'est le drame, je glisse et tout mon corps descend sur ce rocher glissant. Je tente de me raccrocher, mais les choses se passent en une fraction de seconde. Heureusement, je retombe sur le petit palier qui devance ce "pas", juste avant... le vide ! Avec le brouillard, je ne saurais pas dire s'il y avait 20m ou 100, mais en tous cas, ça m'a calmé. Je repars donc prudemment et encore plus refroidi qu'avant. Je commence à ne plus être dans mon assiette. Dans la descente vers la cabane de Bellefond, je me reprend un gadin, moins grave cette fois, mais encore une occasion ratée de se blesser inutilement !! Je crois que le froid et la faim me font passer un sale quart d'heure, pas très lucide l'ancien ! Sur les 500 derniers mètres qui ménent à cette fameuse cabane, je dois traverser un champ avec des herbes d'au moins un mètre de haut et... gorgées d'eau. J'aurais traversé un torrent que je n'aurais pas été moins mouillé... Je suis gelé, mais me rassure en me disant que je vais pouvoir m'abriter d'ici peu. Faux espoir, la cabane est fermée, rien pour s'abriter (même pas un avant toît), il ne faut donc pas traîner ici. J'attaque la montée vers le Col de Bellefond tambour battant et "dré dans l'pentu", je fais donc fis des lacets et emprunte le pierrier qui descend du col. Je gagne du temps mais pas évident de grimper un tel pourcentage de pente sur des cailloux qui roulent. Au col, ça ne va vraiment plus, je tremble, je n'arrive pas vraiment à m'alimenter, il pleut, on ne voit rien, je suis au milieu de nulle part. Mais il ne faut pas traîner ici, on réfléchira en route. Encore un gadin dans la descente, histoire de me confirmer que je ne suis pas présent à ce que je fais. Malgré tout, je suis dans un endroit quasi paradisiaque (enfin, selon mes critères et en temps normal). Je vais devoir traverser le vallon de l'Aulp du Seuil, une réserve biologique sous les Lances de Malissard. C'est magnifique (cf photo).

J'ai même le droit à une visibilité de 50 métres ! Je m'arrête pour remettre des vêtements : veste sans manche polaire, bonnet, buff, gants et j'en profite pour regarder la carte, histoire de voir où est ce que je pourrais éventuellement shunter. Ah ça y est je craque, honte à moi, quelle mauviette... Sur le coup, je vous l'accorde, j'oublie un peu les principes que je mets d'habitude en avant. Disons que la situation l'exige. La carte de la Chartreuse Sud peut être rangée dans le sac, elle ne me sera plus utile (je l'ai traversée de bas en haut et en diagonale). Je déplie donc la carte de la Chartreuse Nord et rapidement, je me dis qu'un arrêt à St Pierre d'Entremont serait envisageable, je pourrais prendre une navette pour Chambéry ou faire du stop et prendre le dernier train pour Lyon et... dormir dans mon lit plutôt qu'à la belle étoile sous la pluie ! Ca, il ne fallait pas se le mettre à l'esprit :-D
Je continue ma route car ce vallon est assez long et je verrai bien plus tard en fonction de mon état physique et du temps que je mettrai pour rejoindre le prochain carrefour stratégique (la stratégie c'est, soit tu continues vers le Mont Granier, soit tu bifurques et tu rentres chez toi). Le paysage est vraiment très sympa, je sympathise avec quelques vaches et rejoins bientôt une partie plus boisée. Je ne suis toujours pas au top physiquement et la décision d'écourter commence à prendre le dessus sur le fait de continuer (le mental qui lâche...).
J'arrive au chalet de l'Alpettaz vers 15h45. Le ciel commence à se dégager légérement, mais c'est trop tard, ma décision est prise, je descend sur St Pierre d'Entremont. Je mettrai tout de même une bonne heure et demie pour descendre (enfin je crois). En bas, il fait grand beau, c'est à se demander si je ne suis pas dans une autre dimension !
A l'office du tourisme, on m'annonce que le samedi, les navettes ne fonctionnent que jusqu'à 15h30 alors qu'en semaine elles tournent jusque 19h30 ! Râté pour la navette, il me reste la solution de faire du stop. Je commence donc à avancer sur la route de Chambéry en faisant du pouce. En plusieurs étapes, j'arriverai à me faire raccompagner jusqu'à la gare de Montmélian qui est juste avant Chambéry sur la ligne qui mène à Lyon. Il est 18h20, fin de l'aventure. Il me reste 1h30 pour me changer, manger ce qu'il me reste et prendre un billet de train.
A 22h30, je suis dans mon lit... Quel petit joueur !!

Malgré tout, c'était une journée épique, à rééditer... mais par une météo plus clémente, et cette fois-ci je ferai la traversée en une traite ;-)