Le rendez-vous était pris de longue date avec cette épreuve. Trois ans que je ne m'étais plus aligné au départ du Trail de la Vallée des Lacs. J'avais donc fait de cette épreuve mon objectif de première partie de saison (celui de la deuxième partie étant les Templiers).
Depuis le début de la saison, les courses s'enchaînaient mais ne me permettaient pas d'exprimer pleinement mon potentiel. La faute à un manque de fraîcheur, un manque de prépa, des erreurs de gestion de course ou des erreurs d'inattention. Mais finalement, tout cela s'est produit afin que j'en tire les leçons.
J'ai procédé différemment dans les semaines précédant cette course et je crois avoir enfin trouvé une recette qui fonctionne. Je commence à me connaître mais il est toujours difficile d'attribuer une réussite ou un échec à telle ou telle façon de faire.
En résumé, ça donne ça :
7h : départ rapide, Stéph nous fait un holeshot. Je ne m'affole pas et reviens sur lui au train. Je fais la montée jusqu'à Grouvelin dérrière lui.

A partir de Grosse Pierre, on rejoint François Faivre. Sur les chemins surplombant La Bresse, ça court à 15 km/h. Je suis surpris de tenir aussi bien la cadence. Stéph n'a pas l'air dans son assiette (malgré l'allure qu'il mène).
Au Pont du Bas, on passe une nouvelle fois devant mes parents. Ca grimpe plutôt fort et j'aime bien ce genre de pourcentage. En haut de ce singletrack, je me retourne et vois que mon compère a au moins deux lacets de retard (eh oui, ça montait en S). Je sais qu'il gère sa course et ne me fais aucun doute sur le fait qu'il me rattrape d'ici peu de temps.

Passage rapide au ravito du col du Brabant. Je double deux traileurs, je vois François Faivre à 150m devant moi, il bifurque à droite au bout du chemin, mais tête baissée je me trompe de chemin. Après 300mètres de montée, je fais demi-tour. Bilan : 6-7 places perdues. Du coup, Stéphane et Julien François sont repassés devant moi. Je repars sur le bon itinéraire en maugréant sur mon erreur, mais j'ai la "niac" et repars de plus belle.
Au Lac des Corbeaux, je ne lâche rien, je reprends deux gars dans la montée (que je passerai intégralement en courant) pour rejoindre la route des Américains. Je passe à nouveau devant mes parents, mais je ne sais rien de ce qu'il se passe à l'avant...

Un peu avant le lac de Blanchemer, je retrouve François Faivre en point de mire. Je le rattraperai au lac, puis le distancerai dans la montée (bien raide) qui rejoint la route des crêtes. ça fait 3h20-30 qu'on est partis et je cours toujours. La montée se passe super bien, vraiment à l'aise. Je croise Daniel Miclo (blessé) qui m'encourage et a l'air surpris de me voir là.
Entre Firstmiss et le Hohneck, je reprends 3 traileurs (dont un que j'ai sauvé d'une erreur de parcours), et, qui vois-je dans les marches qui ménent vers le plus haut sommet des Vosges ?... Julien François (on le reconnaît de loin avec le T-shirt qu'il a piqué à Stéphane Brogniart lors de la remise des prix du TVL 07 !!! private joke). J'essaye de monter en courant, mais préfère utiliser la méthode Olmo afin de ne pas me griller. Mon père me donne quelques conseils et m'informe qu'en fait, Stéph est largement dérrière moi, il a eu une crise d'asthme qui l'a arrêté 15', mais est reparti malgré tout. Au ravito (km42), je retrouve Julien. Je repars environ 1' après lui. Je termine de me ravitailler dans la descente.

Au passage près du lac de la Lande, j'ai les crampes qui viennent. J'essaye de bien respirer et de me recentrer sur ma progression. Tout se passe bien jusqu'au passage de la dalle du col des Feignes où je me tors la cheville droite, et, deux foulées plus tard, la gauche...!! Quand on est plus dans l'instant présent, ça ne pardonne pas ! Du coup, la longue descente technique qui mène à Longemer se fait plutôt en-dedans.
En attaquant la montée du Collet de la Mine, Arnaud Grandgirard m'annonce 3' de retard sur Julien. Je suis 8ème. J'essaye de passer ce raidard en courant (ça c'est ma tendance à toujours vouloir relever des défis), mais me résoud à marcher (mm Benoit Laval a marché !). Les supporters de Julien sont en haut. A ce moment de la course, ça devient dur. Il faut relancer, sous peine d'être à l'arrêt sur ces pistes de ski de fond en faux plat montant. Je marche pas mal dans les côtes, mon but est de conserver ma place car je sais que devant, Julien a pris le large et dérrière, je devrais être en mesure de gérer le retour du 9ème.
En fait, à 500mètres du sommet du Tetras, j'aperçois le 7ème en point de mire et Julien qui doit être juste devant. J'ai beau lâcher les cuisses dans la descente, rien n'y fera. Je savoure une course rondement menée sur les 400 derniers mètres. Le bonheur n'est pas au bout du chemin, le bonheur EST le chemin !
 
Je réalise donc une super course (je n'ose pas l'appeler "course parfaite"). J'ai l'impression d'avoir très bien géré la situation. Stéphane m'a, finalement, bien lancé et donné le rythme à appliquer sur une telle distance. Je ne pensais pas que je tiendrais aussi longtemps à telle allure. Les 4 premières heures sont passées à une vitesse impressionnante. Je finis un peu moins vite, mais pas moins vite que les concurrents qui me précédaient.
Je termine en 5h30, à la 8ème place (58,5km pour 2700m D+). Heureux comme jamais lors d'une arrivée. Le sentiment d'une véritable récompense, une méthode qui a fait ses preuves (l'instant juste et la respiration par le nez) et pas mal de kilomètres accumulés à l'entraînement qui prennent une saveur toute différente.
Merci à tous les gens qui m'ont encouragé tout au long du parcours. Merci à mes parents de m'avoir suivi. Merci à mon mentor de m'avoir appris tellement de choses (il se reconnaîtra), et merci la VIE !
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