Deuxième étape : après une nuit plutôt tumultueuse à cause de la pluie et du vent, on se lève à 4h pour déjeuner et replier le campement. Je descend à Vaquenoux avec Stéph et Max en marchant, puis me sépare d'eux au moment où je me mets à courir. C'est parti pour une belle bambée vers le Hohneck !
Les premiers kilomètres sont...humides et les chaussures gorgées d'eau (bonjour l'état des pieds en fin de journée...). J'arrive à Wackenbach par un GR très sympa un peu en dévers. A partir du village, on grimpe à travers la forêt vers Salm. J'ai la chance de rencontrer deux jeunes cerfs. Je cours tranquillement, les jambes ne portent pas du tout les séquelles de la veille et c'est très bon signe. Seul mon petit orteil est douloureux, il va falloir que je prenne davantage soin de mes pieds à l'avenir, mais avec cette flotte on a toujours les pieds trempés. A partir de Salm, j'empreinte la route pour rejoindre Plaine via le parcours de santé, puis arrive à Saint Blaise la Roche. Quelques passages dans des genets de 2m de haut bien denses auront fini d'humidifier ce qu'il me restait de textile sec ! D'ailleurs mon téléphone rendra l'âme à cause de ça. 7h, j'appelle Daniel pour le prévenir que j'aurai une bonne demi heure d'avance sur mes prévisions et attaque la montée vers le Petit Alban et le Grand Alban. Ce chemin forestier est bien agréable, je me ravitaille en vue du reste de la journée. En arrivant au pied du Climont, je me rends compte que je vais être à la bourre sur l'heure annoncée à mon assistant. J'ai 20' devant moi pour monter et descendre le Climont et rejoindre le Col d'Urbeis. Impossible ! En plus, le téléphone ne fonctionne plus, impeccable... A l'amorce de cette montée, un cerf énorme me coupe la route, je n'en avais jamais vu d'aussi impressionant en liberté. Quelle énergie ces animaux. La montée est technique et sinueuse. J'adore ce type de chemin. J'atteinds le sommet vers 9h30. J'ai déjà 15' de retard sur l'heure indiquée. La descente est très mal indiquée et j'ai du mal à trouver le GR, je décide donc de tailler dans la pente, sous une pluie diluvienne. En arrivant sur la route, je vois une indication "Col d'Urbeis 1h15" ! Une petite accélération s'impose. 15' à bloc sur la route et les GR et je suis au col. J'ai même réussi à dépasser deux fouines qui voulaient faire la course. Il va falloir dire au Club Vosgien qu'ils mettent des indications pour les marcheurs et pour les coureurs. Daniel me voit arriver et m'encourage comme sur une course. J'ai bien prévu mon coup car une belle cabane m'attends pour me ravitailler et me changer. 45' plus tard, après avoir mangé, m'être changé et bien discuté, je repars sur le GR 5 en direction du Col de Sainte Marie.
Au moins 20-25km séparent ces deux cols. J'essaye de courir autant que possible. Ca ne va pas très vite, mais ça avance plutôt bien. Près de la Chaume de Lusse, je tombe sur une guinguette Meteor ! Je ne m'arrête pas pour boire une mousse car un bon "coup de cul" m'attends. Je passe au Col de Sainte Marie vers midi. Déjà 7h que je suis parti !!
J'avoue être un peu émoussé. Je m'arrête pour regarder la carte et estimer mon heure d'arrivée au point de rencontre avec Fred, mon prochain assistant. Entre le col de Sainte Marie et le Col du Bonhomme, je n'emprunterai que la crête. C'est donc un enchaînement de montées-descentes courtes mais plutôt pentues qui m'attend, mais le paysage est carrément motivant, plutôt sauvage d'ailleurs. Les bâtons sont bien utiles sur cette portion. Je retrouve l'ami Fred au dessus du Col des Bagenelles. Il est venu en VTT et me suivra durant un bon morceau de la journée. Le fait d'avoir un vélo qui me suit ou qui me précède a forcément ses vices. Entre notre point de rencontre et le Col du Bonhomme, je cours à bon train tout en discutant. Je crois que je m'emballe un peu, mais il faut se faire plaisir... Le ravito est posté au Col du Bonhomme.

Une petite portion de pâtes, des tucs, des oléagineux (noisettes, graines, noix de cajou...), de l'eau pétillante et c'est reparti. J'ai moins traîné que ce matin, puisque je ne me suis arrêté que 20'. On repart en même temps qu'une troupe de militaires à VTT qui font la traversée des Vosges en 8 jours (petits joueurs ? d'autant plus qu'ils ont une logistique digne du Dakar ! bref). Je les dépasse et emprunte le GR5 jusqu'au Col de Louschbach. Là encore, avec Fred en vélo à mes côtés, je pense que je suis un peu au dessus de la vitesse raisonnable, mais bon...

Un bon "coup de cul" nous attend à ce moment là pour rejoindre la crête du Gazon du Faing, c'est raide, il y a de beaux bourbiers à traverser ce qui aura à nouveau raison de tout un travail de séchage de mes chaussettes et donc de préservation de mes pieds... Ca y est, on est sur la crête. A priori, le Hohneck n'est plus très loin... Tu parles ! Il y a encore une sacré trotte pour rejoindre le fameux sommet Vosgien... Sur cette portion entre le Gazon du Faing et la Schlucht, c'est une succession de moments de "bien" et de "pas bien" qui m'animera. Tantôt je cours comme un lapin en m'imposant des petits défis du style "cette montée là, tu la passes tout en courant", tantôt j'ai besoin de quelques minutes d'arrêts pour souffler un peu et étirer mes jambes qui commencent à être courbaturées.

Un peu avant la Schlucht, voyant l'heure avancer et mon état de fraîcheur se dégrader, je décide d'arrêter ma trotte au refuge du Sotré. Je choisis le joker "appel à la famille" et leur donne rendez-vous dans quelques heures pour me rapatrier à Saint-Dié, une sorte de Vosges Assistance en somme !
Arrivée à la Schlucht, la fontaine où l'on se ravitaille habituellement est à sec... Grosse désillusion, mon camelback est quasi vide. Je me pose 5' pour manger quelques cacahuètes et autres graines et me dit qu'il ne reste plus qu'une heure avant d'atteindre le Hohneck. Habituellement, lors de sorties trail de 4-5h, cette portion passe comme une lettre à la poste, mais là, trotter devient ma VMA ! Je parviens tout de même à garder un bon rythme pour rejoindre le plus haut sommet côté Vosgien en mode Alpin, càd sans oxygène, à l'altitude impressionnante de 1348m !!

Petite photo souvenir avec Fred, qui me suit depuis les Bagenelles et qui, mine de rien, aura fait du VTT bien technique et on redescend vers le refuge du Sotré. Je commence même à ne plus être trop lucide puisque je me trompe de chemin pour descendre ! Je quitte Fred sur la route des crêtes, on a fait plus de 30 bornes ensemble, lui doit redescendre à Fraize en vélo, moi je vais aller me ravitailler. Me débarrasser de mes chaussures et faire sécher mes pieds sera un mélange d'extase et de souffrance. Jean, le patron du refuge, en voyant ma mine "marquée" me demande si ça va... Je lui répond que je veux une bière, il me dit "t'es sûr ?" !!
Voilà, ainsi se termine cet épisode bucolique et plaisant à travers les Vosges. Le genre de défi à renouveler, qui m'a permis de découvrir pleins de coins et de sentiers magnifiques tout prêt de chez moi. L'occasion également de se faire un petit bloc d'entraînement avant de quitter mes Vosges natales...
Certes, je n'ai pas bouclé la boucle en rentrant à pied à Saint Dié, mais j'avais mon compte pour le WE. Les petits signes de fatigue et quelques douleurs commençaient à apparaître, donc mieux vaut être prudent et se préserver plutôt que de s'obstiner et se faire du mal.
La suite de mes aventures très prochainement, dans une autre région...